« - Regardez-les, ces hommes de guerre ! Ils paradent avec leurs casques à aigrette, mais ils sont incapables de défendre leur cité.
- Assez ! Pas de querelles ! Toi, le fils du pêcheur, que veux-tu ?
- Ce que je veux ? Ce que je veux ?!? Je veux faire ce que n’importe quel guerrier ferait… Trouver le repaire de ces bâtards et brûler leur vaisseau ! »
499 avant Jésus-Christ, une petite île grecque est pillée par des pirates, la détroussant de toutes ses richesses. Sur cette île, habite Philoklès. Le jeune homme n’accepte pas de rester les bras ballants à regarder faire les différentes expéditions barbares qui débarquent. Le fils du pêcheur veut retrouver les assaillants et brûler leur navire. Soit il y parvient et revient avec la volonté de créer une coalition permettant de lutter contre les pillards, soit il mourra au combat. Philoklès ne compte pas passer sa vie à raccommoder des filets. Il embarque donc à bord d’un frêle esquif, seul. Son père lui conseille quand même de faire un petit crochet pour consulter Tirésias, l’oracle, qui va lui indiquer une action à accomplir pour réussir dans sa mission.
© Eacersali, Latapy, Causse - Bamboo
Alors que Serge Le Tendre et Frédéric Peynet adaptent les classiques de la mythologie méditerranéenne, Mark Eacersall et Serge Latapy imaginent l’épopée d’un nouveau héros. Kleos signifie gloire en grec. Philoklès est un nouvel Ulysse. Il quitte son père, son métier, son île pour que son peuple ne vive plus dans la fatalité d’invasions incessantes. Chacun dans leurs catégories, on attendait Mark Eacersall et Amélie Causse au tournant. Le premier sort du scénario impeccable de Tananarive dessiné par Sylvain Vallée. La seconde revient de l’adaptation parfaite de La commode aux tiroirs de couleurs d’Olivia Ruiz. Associés au journaliste spécialiste d’histoire ancienne et de civilisation grecque Latapy, ils transforment leurs essais dans ce coup de maître.
© Eacersali, Latapy, Causse - Bamboo
Après le renouveau ces dernières années des contes médiévaux, voici la résurrection des tragédies antiques. Le scénario monte en pression, rien n’étant épargné à ce brave et intrépide pêcheur. Acteur d’une époque où la violence ne fait pas de cadeau – d’ailleurs y a-t-il des époques où elle en fait ? -, Philoklès est au cœur de luttes de classes, de tromperies sexuelles, de tueries et de viols. Tout est montré, de manière « souple » certes, mais rien n’est édulcoré. Les dessins et couleurs immergent dans l’ambiance avec quelques images sublimes comme lorsque le héros rêve de l’éclat de sa gloire ou quand il vogue en pleine tempête.
© Eacersali, Latapy, Causse - Bamboo
Philoklès atteindra-t-il « kleos aphtiton », la gloire éternelle ? Plus que quelques mois à attendre pour le savoir dans la fin de ce diptyque, avant tout hommage à l’Illiade et l’Odyssée d’Homère.
Laurent Lafourcade
Série : Kleos, celui qui rêvait de gloire
Tome : 1 – Livre I
Genre : Tragédie antique
Scénario : Mark Eacersall & Serge Latapy
Dessins & Couleurs : Amélie Causse
Éditeur : Bamboo
Collection : Grand Angle
Nombre de pages : 64
Prix : 16,90 €
« - Alors, tu as bien dormi, ma puce ?
- Grmbbll
- Eh ben figure toi que moi non plus. J’ai entendu une chouette hululer toute la nuit !
- Ha, moi j’ai été réveillé à quatre heures par le chant du coq.
- Vous voyez, même vous, vous n’aimez pas ici !!!
- Au contraire.
- C’est la magie de la campagne !
- Un tour de magie bien raté alors !!! »
© Dutto, Toulmé, BenBK - Delcourt
Marilou et ses parents ont quitté la ville pour la campagne. Quand on est parents et qu’on n’en peut plus de l’agitation urbaine, c’est facile. Mais quand on est une gamine ultra connectée et qu’on a tous ses potes à portée de rue, c’est un peu plus compliquée. Non seulement, Marilou perd ses repères, mais elle se retrouve en milieu hostile. La gamine a une frousse bleue des limaces, fourmis et autres araignées. Elle cherche par tous les moyens à re-déménager dans l’autre sens, mais cela semble peine perdue. Le jour où Marilou va rencontrer un âne et un rouge-gorge qui parlent, ses principes risquent fort d’être remis en question.
© Dutto, Toulmé, BenBK - Delcourt
L’un s’appelle Gédéon, l’autre n’a pas encore de nom. Georges, ça lui irait bien. Ce sont un âne et un rouge-gorge et ils sont à mourir de rire. Tous deux vont initier Marilou aux joies de la campagne. Seront-ils suffisamment convaincants ? Et les parents dans tout ça, vont-ils croire aux affabulations de leur gamine ? Est-ce qu’une simple plume arrachée du derrière d’un oiseau, au prix d’une larme à l’œil, suffira à prouver qu’ils existent pour de vrai ? Fabien Toulmé, que l’on n’attendait pas là, écrit un conte campagnard. Comme Yakari, Marilou parle aux animaux. La comparaison s’arrêtera là. Enfin, ce sont plutôt les animaux qui lui parlent, et essentiellement deux d’entre eux. Avec humour mais aussi émotion, Toulmé parle des bouleversements dans l’enfance de façon pas si anodine que ça.
© Dutto, Toulmé, BenBK - Delcourt
Aux dessins et aux couleurs, on retrouve respectivement Olivier Dutto et Ben BK, duo dessinateur-coloriste indissociable des P’tits diables. Tom et Nina laissent ici place à une gamine qui pourrait être une de leurs amies. Grâce à Marilou, Dutto élargit son champ des possibles en représentant la campagne sous toutes ses coutures. La double page sur les saisons est remarquable de simplicité, de limpidité et d’efficacité. On est émerveillé dans la caverne derrière la chute d’eau. On y est bien, comme dans les planquettes quand on joue à cache-cache et qu’on a envie de faire pipi au moment où il ne faut pas. Quant à Gédéon, Gédéon-licorne pour être précis, il fait déjà, en un album, partie des personnages inoubliables de la BD une fois qu’on les a rencontrés.
On avait l’habitude d’avoir deux fournée des P’tits diables par an et on se demande comment on pourrait s’en passer. Si c’est n’en avoir qu’une pour laisser vivre Marilou, on signe tout de suite.
Laurent Lafourcade
Série : Marilou
Tome : 1 - La magie de la campagne !
Genre : Aventures humoristiques
Scénario : Fabien Toulmé
Dessins : Olivier Dutto
Couleurs : BenBK
Éditeur : Delcourt
Nombre de pages : 120
Prix : 10,50 €
ISBN : 9782413044918
« - Et elle va marcher ta machine, papa ?
- Plus que marcher, mon petit ! Elle va rouler ! C’est une idée qui vient d’Amérique, ils appellent ça le camping-caravaning.
- Mais celle-là, c’est toi qui l’a inventée ?
- Oui, mon gars ! Les meilleures carrossiers et les meilleurs ébénistes ont fait les finitions… Mais les plans, c’est Bibi ! Et je vais commercialiser ce modèle, ça va être une révolution ! Neuville, c’est un sacré nom pour une marque, tu ne trouves pas, Marie ? Ça sent tout de suite la maison sérieuse…
- Mais tu t’es demandé à qui tu pourrais bien les vendre, tes remorques ? On n’est pas en Amérique, ici ! Cite-moi un seul de tes amis qui pourrait en acheter…
- Jean !
- Jean ! Il est encore plus cinglé que toi ! »
Paul, la trentaine, vient de se faire virer de l’entreprise familiale par sa femme. C’est l’occasion pour lui de revenir sur sa vie. Entre un père fantasque et une mère très terre-à-terre qui disparaîtra dans un étonnant accident de la route, le petit Paul a toujours eu du mal à trouver sa place. Ce phénomène le poursuivra toute sa vie. Que s’est-il passé entre son enfance et maintenant pour que celle qui était devenue son épouse se retrouve à diriger l’entreprise de tondeuses autoportées créée par son père et le mette à la porte ?
© Durieux, Tronchet - Futuropolis
Plus que l’histoire de Paul, « La vie me fait peur » est avant tout l’histoire de Raoul, son père, meurtri par le deuil d’un enfant, Romain, le frère de Paul, mort à deux jours. La perte d’un enfant quel que soit son âge étant la plus grande douleur qu’un parent puisse vivre, il n’est pas étonnant que Raoul en ait des séquelles. C’est certainement pour cela qu’il n’habite plus le même monde que ses contemporains. Fantasque, immature, il vit pour son entreprise, ses loisirs et son ami Jean, doux dingue. Paul aura toujours du mal à intégrer cette dimension parallèle dans laquelle erre son père et dont la mort de sa femme l’enfonce encore plus dans cet espace entre la vraie vie et le désir d’une autre réalité.
© Durieux, Tronchet - Futuropolis
Didier Tronchet aime raconter des parcours de vie. C’est peut-être parce que lui-même a beaucoup bourlingué, de Madagascar à l’Amérique du Sud. De L’homme qui ne disait jamais non au Chanteur perdu, ou plus humoristiquement de Jean-Claude Tergal à Raymond Calbuth, l’auteur retrace des parcours singuliers de personnages en marge d’une société qui ne va pas à la même vitesse qu’eux. C’est certainement pour cela qu’il a souhaité s’emparer du roman éponyme de Jean-Paul Dubois paru au Seuil en 1994, pour en offrir une nouvelle structure. Au dessin, Christian Durieux retrouve l’ambiance des Gens honnêtes qu’il a signé chez Aire Libre sur un scénario de Jean-Pierre Gibrat.
© Durieux, Tronchet - Futuropolis
Les aléas de la vie peuvent transformer un être du jour au lendemain. Avec La vie me fait peur, les auteurs démontrent qu’il y a toujours une raison d’avancer et qu’un jour on devient le magicien de quelqu’un. Moment fort de cette fin d’année BD, si « La vie me fait peur » peut aider à avoir moins peur d’elle, le contrat est rempli. Incontestablement, il l’est.
Laurent Lafourcade
One shot : La vie me fait peur
Genre : Emotion
Scénario : Didier Tronchet
D’après : Jean-Paul Dubois
Dessins & Couleurs : Christian Durieux
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 80
Prix : 16 €
ISBN : 9782754829014
« - Merlin… Je sais !
- Tu sais quoi ?
- Si t’es dans la lune, c’est pas seulement à cause de ta maman… Il y a une fille là-dessous... »
Josette, dite Chaussette, vient de mettre en rogne Merlin, l’ado, fils de ses voisins Esther et Pierre. S’il est dans les nuages, selon elle, c’est parce qu’il est amoureux. Ce n’est pas toujours facile, les premières amours. Surtout qu’en ce moment, sa maman est malade. Elle a un très sérieux problème de santé. Alors, pour changer les idées à Merlin et à son petit frère Perceval, Chaussette et Jeannot les amènent souvent en balade en forêt, pour une partie de pêche et quelques ricochets.
© Maurel, Clément – Delcourt
Chaussette, Jeannot et Merlin sont trois contes des cœurs perdus indépendants, signés Loïc Clément, mais qui forment une trilogie fort émouvante. Le premier a été dessiné par Anne Montel, les deux suivants par Carole Maurel. Le premier raconte l’histoire de Chaussette et son corgi, une mamie du quartier, narrée par Merlin. Le troisième est consacré à Merlin par le prisme de Chaussette. L’adolescent se cherche, perturbé par la maladie de sa mère et vivant son premier flirt. Un clin d’œil à Totoro vient en décupler l’émotion. Ce conte moderne est de ces récits où il ne se passe rien mais il se dit tout, où la force des sentiments est décuplée. Loïc Clément explique la genèse de ce triptyque en postface et l’on y découvre qu’elle ne date pas d’hier.
© Maurel, Clément – Delcourt
Carole Maurel dessine et peint cet album avec délicatesse. Les éclairages de mi-saisons apportent des impressions de chaleur doucereuse. Elle joue avec les yeux des personnages et les lunettes de ceux qui en ont pour traduire les sentiments d’incertitude, d’interrogation, de surprise, d’inquiétude ou d’amour et d’amitié des différents protagonistes. Aidée par les textes de son scénariste, Carole Maurel donne de la vie à la nature et transforme des ricochets en instants d’éternité. En quelques albums, choisissant ses scenarii avec cohérence, Carole Maurel est devenue l’une des dessinatrices majeures du moment.
© Maurel, Clément – Delcourt
« L’avantage avec les problèmes, c’est qu’ils ont toujours une solution ! » dit Chaussette à Merlin. L’avantage avec les contes de Loïc Clément, c’est qu’ils aident à comprendre les peines et contribuent, de ce fait, à les soigner à défaut de pouvoir les guérir.
Laurent Lafourcade
Série : Les contes des cœurs perdus
Tome : 7 - Merlin
Genre : Histoire d’amour
Scénario : Loïc Clément
Librement inspiré d’une nouvelle de : Sabine Suchet
Dessins & Couleurs : Carole Maurel
Éditeur : Delcourt
Collection : Jeunesse
Nombre de pages : 40
Prix : 11,50 €
ISBN : 9782413038849
« - Et cette œuvre-ci, qui est comme un raccourci de tout l’univers, depuis l’Alpha jusqu’à … Roméo… Fiat… Lancia… jusqu’à l’Oméga… Non, ça doit être une autre marque…
- C’est une œuvre d’art. Et une œuvre d’art ne sert à rien ! C’est ça l’art !
- Décidément, nous nageons dans l’art !... »
Si pour Bianca Castafiore, une œuvre d’art peut être un raccourci de tout l’univers, pour Haddock, une œuvre d’art ne sert à rien. On reconnaît bien là les sentiments très terre à terre du Capitaine. Pour un marin, c’est un comble. C’est Tintin qui a la meilleure analyse de la situation : « Nous nageons dans l’art ! ». Est-ce à dire que tout est art ? Et pourquoi pas après tout ?
© Benkemoun - Sépia
Lorsque Magritte sous-titre son tableau « La trahison des images » par un « Ceci n’est pas une pipe » alors que son tableau en représente une, il remet en question et interroge sur la perception que chacun peut avoir d’une œuvre. Ce n’est pas innocent si Nicole Benkemoun place une référence à la pipe de Magritte en regard de la page de titre de son livre. Ceci n’est pas une aventure de Tintin. Ceci n’est pas la vérité qu’il faut tirer de Tintin et l’Alph-Art, album inachevé de Hergé. Ceci n’est qu’une aventure de lecture, résultat du choc esthétique et émotif ressentie par l’autrice de cet essai à la lecture de l’album. L’art est subjectif. L’analyse de Nicole Benkemoun l’est. Est-ce à dire qu’elle est une faussaire, comme il y en a dans l’histoire ? Peut-être bien que oui. Mais comme elle le revendique presque, on lui pardonne aisément.
© Benkemoun - Sépia
Huit chapitres composent ce nouvel opus de la collection Zoom sur Hergé. Dans L’affaire Alph-Art, Benkemoun revient sur la création et la publication des deux versions de l’album : celle de 1986 d’abord, album double à la manipulation originale, deux cahiers mettant en regard les planches en l’état de crayonnés poussés ou de brouillons, telles qu’elles, laissées par Hergé, et les dialogues dactylographiées, celle de 2004 ensuite, intégrant l’album au format classique des albums précédents.
L’art dans Tintin fait un détour par l’art sous toutes ses formes dans les aventures du reporter à la houppe. On y découvre comment des œuvres célèbres ont inspiré Hergé, comme par exemple la vague d’Hokusaï pour une scène des Cigares du Pharaon. L’autrice met également en avant la mythique exposition Le musée imaginaire de Tintin qui s’est tenue en 1979 pour les 50 ans du héros.
L’Alph-Art, qu’est-ce que c’est que ça ? Dans ce chapitre, Nicole Benkemoun nous fait pénétrer au cœur de l’œuvre par le prisme d’Hergé lui-même grâce à un entretien accordé par le maître à Benoît Peeters. Hergé savait que ce serait son dernier album. Il tenait donc à le consacrer à sa passion : l’art. On y découvre tous les goûts de Hergé en la matière.
© Benkemoun - Sépia
Procès de l’art questionne sur les faussaires et mystifications. Certains découvriront que le personnage de Endaddine Akass a été inspiré par Fernand Legros, l’un des plus grands faussaires du marché de l’art du XXème siècle.
H comme… H comme la lettre que tient Tintin dans ses mains sur la couverture de l’album de 1986, mais H comme beaucoup d’autres choses. On le découvre dans ce chapitre fort original, la petite pépite du livre. On y apprend que Hergé avait imaginé des couvertures expérimentales pour L’affaire Tournesol et pour Tintin au Tibet, mais qu’elles ont été refusées.
Art en procès capte les instants de création à partir du manuscrit d’Hergé. Petite curiosité avec la référence à l’entarteur belge Georges le Gloupier, le justicier pâtissier qui envoie des tartes à la crème à la figure des pompeux cornichons. Le paragraphe La tentation de l’achevé montre comment des dessinateurs, Yves Rodier en tête, ont publié sous le manteau leur version achevée de l’album. (Sous le manteau mais on en trouve aisément dans des festivals de bande dessinée aussi prestigieux qu’Angoulême)
Retour et rupture puis Tombeau de Tintin clôturent l’essai avec un retour aux origines avant de quitter la scène.
Vous l’aurez compris, Zoom sur Hergé propose encore une fois un ouvrage passionné et passionnant sur l’œuvre de cet artiste immense. On ne saura jamais si Tintin finira en expansion de César, mais en tous cas le livre de Nicole Benkemoun finira en bonne place sur les étagères des tintinophiles c’est sûr, mais des amateurs d’art de tout poil aussi. Et après l’avoir lu, il n’y a plus qu’une chose à faire. Quand on a fini de lire Tintin, on peut recommencer à lire Tintin. On y trouvera toujours quelque chose de nouveau.
Laurent Lafourcade
One shot : La dernière aventure de Tintin et d’Hergé - L’Alph-Art ou l’art de l’inachevé
Genre : Analyse d’œuvre
Auteur : Nicole Benkemoun
Éditeur : Sépia
Collection : Zoom sur Hergé
Nombre de pages : 272
Prix : 20 €
ISBN : 9791033405320
« - Une livraison ? A cette heure-ci ?
- Oui, mais c’est personnel, Tonio !
- C’est quoi ? C’est quoi ?
- Ça, Jorge, c’est notre retraite assurée. »
2 Novembre. La fête des morts bat son plein dans les quartiers populaires de Veracruz. Hector et Jorge, deux ados qui travaillent dans un restaurant familial, se voient confier des caisses par de louches individus qui leur demandent de les cacher jusqu’au soir. La tentation est trop grande. Les deux frères en ouvrent une et découvrent des masques. La tentation est trop grande d’en essayer un. Pendant ce temps, en France, Siera, brillante lycéenne originaire du Burbuto, reçoit un colis venant de son pays avec ce mot : « On n’échappe pas à sa famille. ». A l’intérieur, un masque. Également le même jour, en Belgique, Al rentre à son domicile en skate après avoir joué au Yamakasi et retrouvé sa copine dans un fast food. Son père, collectionneur de masques, s’inquiète de la disparition d’un chargement… à Veracruz.
© Jurion, Kid Toussaint - Le Lombard
« Le but premier d’un masque ? Travestir la réalité ? Les masques n’ont pas été faits pour aider leurs porteurs mais pour sauver l’humanité d’un quelconque grand mal, grand mal dont les masques peuvent être d’ailleurs responsables. » JS, le père de Al, n’est pas un simple collectionneur. Il en est non seulement expert, mais, sans être un démiurge, connaît parfaitement les lois qui les régissent. Il connaît tous les masques ancestraux et leurs origines. Ils ont été taillés dans l’armure, la chair et les os d’un ancien dieu mort sur Terre. Chacun a son pouvoir magique. Celui d’Al lui donne une apparence et une force herculéenne. Celui de Siera la rend invisible. Celui d’Hector, d’origine aztèque, est maléfique.
© Jurion, Kid Toussaint - Le Lombard
Kid Toussaint et Joël Jurion lancent une nouvelle série à la frontière entre les tourments adolescents de Elles et l’action et le dynamisme de Klaw. Avec Masques, ils inventent une nouvelle mythologie à la Marvel faisant des adolescents des super-héros profitant de leurs pouvoirs ou les subissant. Le genre, le manichéisme entre le bien et le mal, ainsi que l’universalité des origines sont au cœur de l’aventure. Pour parfaire le tout, les auteurs n’oublient pas la petite touche d’humour grâce à Gunawan.
© Jurion, Kid Toussaint - Le Lombard
Savoir aller chercher au fond de soi, voilà ce que peuvent permettre de faire ces masques qui sont une clef pour chacun de ces adolescents qui cherchent leur personnalité, qui tentent de se construire dans un monde, le nôtre, de plus en plus énigmatique.
Si elle est bien accompagnée par un travail éditorial soutenu, Masques s’annonce comme la nouvelle petite bombe du Lombard. La série a tout pour faire un carton.
Laurent Lafourcade
Série : Masques
Tomes : 1 - Le masque sans visage
Genre : Aventure
Dessins : Joël Jurion
Scénario : Kid Toussaint
Couleurs : Yoann Guillé
Éditeur : Le Lombard
Nombre de pages : 88
Prix : 12,45 €
ISBN : 9782808205795
« - En êtes-vous vraiment sûr ?
- Il s’agit du rapport officiel de l’académie nationale des sciences. Le décryptage du séquençage de l’ADN et les dernières technologies d’analyse du génome le confirment. Ce nouveau-né est un hybride mi-humain mi-chimpanzé. C’est un humanzee. »
Charlie est un humanzee, un être hybride né d’un humain et d’une femelle chimpanzé dans un institut de recherche biologique. Elevé par un couple de scientifiques humains depuis quinze ans, il va aujourd’hui rentrer au lycée. Entre une intégration parmi des adolescents pas toujours bienveillants et un groupe de véganes extrémistes qui voient en lui une icône, Charlie va devoir trouver sa place dans une société formatée pour une soi-disant normalité.
© Shun Umezawa/Kodansha Ltd.
On parle souvent de bestialité pour dénoncer des comportements humains violents. Cette histoire démontre que la cruauté humaine est bien plus profonde et que l’on ferait mieux d’attribuer l’adjectif « humanité » à des animaux dangereux. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre Charlie et César, de la planète des singes. Mais là où, dans la dernière trilogie cinématographique de La planète des singes, César s’affiche en opposant aux humains, Charlie est, pour l’instant du moins, dans une posture d’observation. Le jeune humanzee n’aspire qu’à vivre sa vie d’adolescent. Mais gare à qui s’attaquerait à ceux qu’il aime. Ses capacités animales prendraient rapidement le dessus.
© Shun Umezawa/Kodansha Ltd.
Shun Umezawa signe un manga engagé, engagé contre les dérives scientifiques, mais aussi engagé contre la dictature du véganisme. Le prénom de la lycéenne qui se liera d’amitié avec Charlie n’est pas anodin. Elle s’appelle Lucy, comme le plus vieux squelette d’hominidé découvert par Yves Coppens. La boucle entre l’homme et le singe est ainsi bouclée.
Dans sa bonté, Charlie est redoutable. Plus fort qu’un chimpanzé et plus intelligent qu’un humain, il est avant tout une victime de sa condition particulière. Comment Umezawa le fera-t-il « évoluer » ? La façon dont il orientera la série pourrait en faire une série majeure.
© Shun Umezawa/Kodansha Ltd.
« Le courant de la conscience s’étend des humains opprimés à tous les animaux, conduisant à de formidables réponses sur l’évolution. » Cette phrase de Charles Darwin prend une toute autre dimension dans cet « incident » qui est l’un des événements manga de l’année. Le grand prix reçu au Manga Taisho Award 2022 est plus que justifié.
Laurent Lafourcade
Série : Darwin’s incident
Tome : 1
Genre : Anticipation
Scénario & Dessins : Shun Umezawa
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
Nombre de pages : 192
Prix : 7,45 €
ISBN : 978237287
« - Soledad… enfin ! Rien n’a changé ! Non, rien n’avait changé… et pourtant cala faisait quinze ans que je n’atais pas revenu à Soledad. Seule la maison de mes parents paraissait être plus en ruine que les autres… Mais comme elle me semblait belle !... C’était mon enfance, cette maison abandonnée, des tas de souvenirs qui me revenaient en cascade... »
© Tito - Casterman
Une chaude après-midi d’été, dans une rue à demi-ombragée d’un village qui somnole, Carmen et Sarah discutent. L’une brode, l’autre l’écoute donner son avis sur tout. Un berger rentre son troupeau de brebis. Un homme est perclus de remords après un cauchemar. Un autre revient au village après des années d’absence. Il y a aussi cet instituteur qui, en pleine leçon de choses, reçoit la visite d’un inspecteur qui lui annonce de mauvaises nouvelles pour l’école.
© Tito - Casterman
En 1980, Tito nous faisait découvrir Soledad, petit village espagnol en Castille, aride et meurtri par la guerre civile. Contrairement à ce qui pourrait se faire sur un tel sujet, ce n’est pas l’action qui est privilégiée mais les rapports entre les principaux protagonistes. On suit le déroulement des événements aux côtés d’un enfant, d’une grand-mère ou d’un témoin quelconque, fragile et impuissant face aux turpides des événements, et notamment après ce 30 août 1936, jour où l’armée nationaliste envahit et pille le village. La série est née dans le mythique mensuel (A suivre…) avant d’avoir été éditée en albums par Glénat, puis Casterman.
© Tito - Casterman
Il y a des héros, il y a de l’aventure. Il y a des super pouvoirs, il y a du sexe. Il y a des monstres, il y a des combats. D’autre part, il y a Tito. Rendu célèbre par la série politiquement dérangeante Jaunes, sur scénario de Jan Bucquoy, il s’est forgé en construisant deux séries sentimentales : Soledad (6 albums), puis Tendre Banlieue (20 albums). Tito raconte la vie, la vie vraie, dans un village espagnol avec Soledad, ou la grise ville avec Tendre Banlieue. A l’époque où ses séries étaient sur le devant de la scène, peu d’auteurs le faisaient. Au cinéma, il y avait Lelouch, souvent profondément ennuyeux. En bande dessinée, il y avait Lauzier réservé aux sexagénaires obsédés. Quand Tito raconte la vie, on ne peut qu’accrocher, non pas par son trait, agréable et propre mais extrêmement classique, voire trop réaliste, figeant certaines expressions, mais par ses qualités scénaristiques.
© Tito - Casterman
Arrêtons-nous un instant sur Tendre Banlieue, dont on espère un jour une intégrale. La série était plutôt destinée aux adolescents, les représentant dans leurs cités, sans fard ni paillettes, comme la vie que bien souvent ils mènent. Les sujets traités sont réels et durs s’il le faut : racisme, famille, école, amours,… Le meilleur épisode de la série est Le cadeau, exposant les relations entre une jeune fille et sa grand-mère.
De Tendre Banlieue à Soledad, Tito ce n’est que ça, mais c’est déjà tout ça, des ambiances avant tout. Ce sont les choses de la vie. L’intégrale de Soledad remet sur le devant de la scène une série discrète et majeure des années 80.
Laurent Lafourcade
One shot : Soledad (Intégrale)
Genre : Chroniques espagnoles
Scénario, Dessins & Couleurs : Tito
Éditeur : Casterman
Nombre de pages : 304
Prix : 25 €
ISBN : 9782203231368
« - Imagine que tu rencontres le dessinateur Gos, en librairie, tu lui dis quoi ?
- J’adore ce que vous faites !
- Et si c’est M’sieur Maurice, en dédicace ?
- Je suis super fan de ce que vous faites !
- Et si c’est Walthéry ?
- J’adore… les jambes de Natacha ! Ha Ha Ha ! Et toi, Bubu, si tu croises Anne ?
- Hein ?!! Heuuu... »
Années 70, Teddy, Bubu, Anne, Franck et leurs potes sont élèves d’un collège de Bretagne. Bubu est fan de maquettes et de BD. Il est amoureux d’Anne, un peu comme tout le monde. Elle voudrait l’ouvrir à l’écologie et aux problèmes de société, mais il est tout le temps le nez dans ses bouquins. Ses modèles sont Blueberry et Archie Cash. Teddy est lui aussi un dévoreur de BD. Sa bible, c’est Spirou. Il en pince pour Natacha. Par-dessus tout, son dessinateur préféré est Maurice Tillieux, l’auteur de César et surtout de Gil Jourdan. Teddy ne lit pas que ça. L’empire des 1000 planètes, de Valérian, est l’un de ses albums de chevet. Franck, lui, a déjà une mobylette et lit L’écho des savanes. C’est un peu le grand frère idéal. Tout ce petit monde va vivre les seventies, au rythme du collège et de l’actualité, pas toujours rose.
© Bazile, Stibane - Editions du Tiroir
Le passage de l’enfance à l’adolescence est un cap compliqué à passer. C’est l’heure des premières amours, des premières sensibilisations aux actualités et à la politique. On prend conscience qu’on grandit et que le monde avance. Les parents ne sont pas toujours compréhensifs. Ils sont dans leurs bulles de fatalité. Alors, quoi de mieux que les héros et héroïnes de bande dessinée pour s’évader dans des univers parallèles ? A travers Bubu, Bazile se souvient de son enfance, des matins d’hiver à la Lenorman. Il revoit ses rêves d’îles où il fait toujours beau, où tous les jours sont chauds, avec Le Flagada, Tif et Tondu, Gaston, Sophie, les Schtroumpfs et tous les autres. Un jour, la prof de français rendit les rédactions. Franck avait choisi d’écrire sur Hoëdic, une île proche qui semble particulièrement lui tenir à cœur. C’était si beau que la prof en a lu des passages à la classe. Hoëdic, c’est le rêve à quelques encablures, une centaine d’habitants et pas une seule auto. Ça serait le décor parfait pour une histoire de Tillieux.
© Bazile, Stibane - Editions du Tiroir
Hêdic ! Ohédic ! Heüdic ! Wêdic ! Whöödic ! Bubu a toutes les peines du monde à prononcer le nom de l’île. Peut-être doit-elle rester imaginaire… L’album de Bazile est un hommage à toute cette BD des années 70, fin d’un âge d’or incroyable, peut-être le plus bel hommage qu’il n’y ait jamais eu. C’est aussi une ode à l’imaginaire. Hoëdic démontre aussi comment se construit la personnalité d’un adolescent, entre une marée noire et un deuil… On grandit, on vit, on meurt… Oui, on meurt. On se croit invincible mais le destin ne regarde pas l’âge de ses victimes. A côté, il faut continuer à vivre...
© Bazile, Stibane - Editions du Tiroir
« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. » Cette citation issue du Petit Prince de Saint-Exupéry irait très bien à Bubu, qui a rêvé, comme d’autres, toute son enfance grâce aux plus grands héros de BD. Hoëdic ! est la chronique d’une jeunesse qui s’enchante pour ne pas être désenchantée. Un des meilleurs albums de l’année. Imagine que je croise le dessinateur Bazile, en librairie,… Je lui dis : J’adore ce que vous faites !
Laurent Lafourcade
One shot : Hoëdic !
Genre : Souvenirs de jeuness
Scénario & Dessins : Bruno Bazile
Couleurs : Stibane
Éditeur : Editions du Tiroir
Collection : Roman
Nombre de pages : 144
Prix : 18 €
ISBN : 9782931027486
« - Simone, viens vite voir ! Ils parlent de la gestapo de Lyon sur la 2. tu es toute pâle, qu’est-ce qui t’arrive ?
- Tu vois, ce type… Il serait plus jeune… Il serait en couleur… On dirait celui qui m’a torturée. »
2 février 1972, à La Tronche, en Isère, Simone Lagrange aperçoit à la télévision le visage d’un homme qu’elle semble reconnaître. Cet individu, le « boucher de Lyon », serait le nazi qui l’aurait torturé vingt-huit ans plus tôt, 33 place Bellecour, à Lyon. Elle a des doutes. Est-ce bien lui ? Il faudrait qu’elle le voit bouger pour en être certaine. Et qui est cette ombre qui se penche sur l’épaule de Simone et la pousse à ne pas se replonger dans cette histoire qui ferait mal à tout le monde? Simone va revivre son enfance depuis 1939 et se remémorer les années de guerre, l’occupation, les bombardements et ranimer ses souvenirs douloureux d’enfant juive dans la période la plus noire de l’histoire de l’humanité.
© Evrard, Morvan, Walter - Glénat
Après la vie d’Irena Sendlerowa, David Evrard et Jean-David Morvan se penchent sur celle de Simone Lagrange, et par ricochet sur les exactions de Klaus Barbie. Au-delà du drame de la déportation, les dégâts qu’a fait la guerre au sein même des familles est mis en exergue au travers du personnage de Jeanne. Orpheline recueillie à bras ouverts par la famille de Simone, elle passera du rôle de victime à celui de bourreau en devenant l’éminence grise des responsables de la gestapo. Simone Lagrange est née Simy Kadosche. Elle deviendra l’un des témoins clés du procès Barbie, mais ça, l’histoire le racontera certainement plus tard. Engagée très jeune dans la Résistance, elle sera la face opposée de Jeanne, des Caïn et Abel de la Seconde Guerre mondiale.
© Evrard, Morvan, Walter - Glénat
David Evrard montre une Simone déterminée et n’ayant pas froid aux yeux. C’est une réelle enfant de la résistance. Jeanne est satanique et porte en elle l’injustice qu’elle a vécu d’avoir perdu ses parents. Quant à Klaus Barbie, il porte en lui la fourberie des dirigeants nazis. Comment pourrait-on se méfier d’un brave homme qui caresse un chat ? Mais quand le regard de haine prend le dessus, le requin laisse apparaître ses dents acérées. Evrard a le pouvoir rare de rendre glacial un dessin ligne claire que l’on classerait tous publics.
© Evrard, Morvan, Walter - Glénat
Quand on parle de personnages aux pouvoirs exceptionnels, on pense à tort aux héros de fiction. Simone Lagrange rejoint Irena Sendlerowa et Madeleine Riffaud dans la série des super-héroïnes de la vraie vie dont jean-David Morvan a entrepris de raconter le destin.
Laurent Lafourcade
Série : Simone
Tome : 1 - Obéir c’est trahir, désobéir c’est servir.
Genre : Drame historique
Scénario : Jean-David Morvan
Dessins : David Evrard
Couleurs : Walter
Éditeur : Glénat
Nombre de pages : 72
Prix : 15,50 €
ISBN : 9782344043158
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Jeudi 3 avril 2025 - 7:38:10
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